À propos

Brève histoire du cheval canadien


 

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Mario Gendron, Société d’histoire de la Haute-Yamaska, 2010, 38 p. Illustré


 

Fruit d’une recherche de plusieurs mois, la Brève histoire du cheval canadien, publiée aussi en anglais sous le nom de A brief history of the Canadian horse, est maintenant disponible gratuitement. Dans ce texte illustré de 38 pages, l’historien Mario Gendron, utilisant des sources archivistiques encore inexploitées, y aborde l’histoire du cheval canadien de façon novatrice et effectue une première synthèse de son parcours au XXe siècle. Il nous parle aussi des luttes incessantes qui ont marqué l’évolution de son type, du petit cheval de fer d’autrefois au cheval d’équitation d’aujourd’hui, en passant par le cheval de ferme plus lourd développé à la station expérimentale de Deschambault à partir des années 1940.  Bref, les adeptes de la race du pays comme les amateurs d’histoire trouveront dans cet ouvrage matière à satisfaire leur curiosité.

Téléchargement gratuit : Brève histoire du cheval canadien (PDF, 5Mo)

LA VACHE ET LE CHEVAL DE RACE CANADIENNE

Depuis leur consécration comme « races patrimoniales » par un vote unanime de l’Assemblée nationale, en 1999, les races bovine et chevaline canadiennes ont soulevé l’intérêt des éleveurs, des artisans fromagers et du grand public. Certaines initiatives récentes laissent même entrevoir une amélioration prochaine du statut de race en péril de la vache canadienne, comme le partenariat entre producteurs laitiers et transformateurs qui, sous le nom de l’Association de mise en valeur des bovins de race canadienne dans Charlevoix (http://www.vachecanadienne.com), s’est donnée comme mission « d’établir, de gérer collectivement et de valoriser une population de race canadienne de génétique ancestrale saine et durable ». Quant au cheval canadien, menacé lui aussi d’extinction voilà quelques décennies, l’intérêt pour les sports équestres, qui se traduit par un nombre grandissant des naissances annuelles, semble assurer sa survie.


 

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Vache canadienne, Odélie de Cap Rouge. Fonds Société des éleveurs de bovins canadiens, SHHY.


 

La Société d’histoire de la Haute-Yamaska (SHHY) détient le privilège et la responsabilité de conserver la masse archivistique la plus imposante jamais rassemblée au sujet des races canadiennes. Cette documentation, recueillie de différentes sources, est le fruit d’un travail amorcé voilà plus de vingt ans. Rassemblant plus de 45 mètres linéaires de documents, des milliers de dossiers d’éleveurs et des centaines de photos, ces fonds d’archives sont une véritable mine d’informations sur tout ce qui concerne l’histoire des races canadiennes.

Dans le but de mieux faire connaître l’histoire des races patrimoniales du Québec et favoriser la poursuite des recherches sur un sujet devenu d’intérêt national, la SHHY met en ligne des textes originaux et des documents d’archives particulièrement significatifs. À titre d’exemple, la Brève histoire du cheval canadien, publié aussi en anglais sous le titre de A brief history of the Canadian horse , ne manquera pas d’étonner le lecteur, alors que deux textes peu connus de J.-A. Couture — Le bétail canadien etThe French Canadian Cattle — renseigneront sur l’histoire de la race canadienne et sur sa condition au tournant du XXe siècle.  La SHHY rend aussi disponible au chercheur internaute les compilations originales produites lors duconcours Pan-Américan de Buffalo de 1901, une compétition qui marque un tournant majeur dans l’évolution des races laitières au Québec et dans le Nord-Est américain. Ce concours, d’une durée de six mois, mettait en lice les dix principales races laitières du temps — entres autres les ayrshires, holsteins, guerneseys, jerseys et canadiennes— afin de déterminer les plus profitables d’entre elles. On présente ici les relevés de production hebdomadaires des différentes races et les performances individuelles des cinq  vaches canadiennes qui ont participé à ce concours. 


 

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Cheval canadien, Albert de Cap Rouge. Fonds Société de éleveurs de chevaux canadiens, SHHY.


 Un Mémoire inédit de J.-A. Couture, rédigé dans le contexte de la centralisation des livres de généalogie à Ottawa, en 1905, sera bientôt mis en ligne. Ce document, d’une richesse historique exceptionnelle, développe l’hypothèse selon laquelle la mainmise des éleveurs de races étrangères sur le Conseil d’agriculture, « pour la plupart eux-mêmes des étrangers », affirme Couture, serait la cause principale de la quasi-disparition des races canadiennes au XIXe siècle. Aussi hardie qu’elle soit, cette opinion est partagée par J. W. G. MacEwan dans son livre The breeds of farm live-stock in Canada(1941)devenu un classique.  Enfin, les notes et les relevés manuscrits des deux grandes tournées d’inspection des chevaux canadiens — de 1907 à 1912 — qui devaient conduire à la refonte des livres de généalogie, seront aussi livrés sous peu à la curiosité des chercheurs et des amateurs de la race. 

Mario Gendron

Un enjeu qui nous tient à cœur : la protection de notre patrimoine végétal et animal

C’est au musée d’histoire naturelle de Berlin en janvier 2010, que la chancelière allemande, Angela Merkel, a donné le coup d’envoi de « l’Année internationale de la biodiversité » telle que reconnue par l’Organisation des Nations Unies.

Cette « Année internationale de la biodiversité » a été lancée afin de promouvoir la préservation les espèces animales et végétales menacée d’extinction. En effet, selon Mme Merkel, les activités humdaaines provoqueraient un taux de disparition des espèces de 100 à 1 000 fois supérieur au taux naturel. Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature, « près d’un quart de toutes les espèces vivantes, animales et végétales, pourrait disparaître d’ici le milieu du siècle sous la pression des activités humaines ». La spécialisation et l’industrialisation de l’agriculture, en particulier, a entraîné une érosion extrêmement rapide du patrimoine génétique mondial. Préserver la biodiversité est donc un enjeu majeur de notre siècle et la Ferme Héritage Miner tient à faire sa part, aussi minime soit-elle, dans ce domaine.

Heureusement, la défense de la biodiversité, la biodiversité agricole et alimentaire, est au coeur des préoccupations de plusieurs organisations, dont celle de Slow Food, mouvement international créé il y a vingt ans et présidé par Carlo Pétrini. En 1996, Slow Food créait l’Arche du Goût pour la sauvegarde des traditions, des espèces et des races menacées. Chaque pays a fait des inscriptions. Le Québec a inscrit deux races patrimoniales menacées de disparition: la poule Chantecler et la Vache Canadienne, lesquelles sont présentées un peu plus loin.

Les races animales et cultivars ancestraux qui se sont adaptés au fil des décennies ou même des siècles, aux conditions de nos régions, ont démontré leur capacité à s’adapter à notre terroir et à s’y maintenir. Ces animaux et ces plantes sont des « survivants » qui ont appris à résister aux rigueurs de notre climat et aux agressions des prédateurs naturels.

L’expression de cette rusticité témoigne d’une richesse génétique que la Ferme Héritage Miner a pour mission de protéger et de mettre en valeur.

Des melons et des animaux « Made in Québec »!

Nous savons que la protection de variétés anciennes de végétaux, et par le fait même de la biodiversité, s’avère un enjeu fondamental pour relever les défis inhérents aux changements climatiques, à l’introduction de nouveaux insectes et à la pollution. C’est pourquoi, nos jardins cultivés de façon écologique, mettront en valeur des pratiques horticoles originales ainsi que des variétés rares et anciennes de légumes, fleurs et fruits. Nous croyons qu’il est important d’éduquer la population à ce sujet et de montrer qu’il est possible et souhaitable de cultiver et consommer les légumes et fruits de nos ancêtres.

Prenons l’exemple de nos melons. De nos jours, la culture du melon au Québec est plutôt marginale et peu d’entre nous savent qu’au début des années 1900, elle vivait des heures de gloires grâce aux illustres « melons de Montréal » et « melons brodé d’Oka », deux spécimens de notre patrimoine végétal. En effet, en raison de leur saveur sans pareil ont les exportaient même jusqu’à New York, Boston et Chicago où ils étaient consommés par la bourgeoisie de l’époque. Comme l’explique le chroniqueur horticole Rock Giguère, des preuves historiques indiquent que les Jésuites cultivaient le melon à Montréal dès 1694, probablement à partir de semences d’origine américaine. Mais au fil du temps et avec le travail de passionnés d’agriculture, tel le moine trappiste Athanase, de nouvelles variétés typiquement québécoises, comme le melon de Montréal et le melon brodé d’Oka ont pu voir le jour.

« Melons brodés d’Oka. Photo tirée de la revue Histoire Québec, novembre 2003, Vol. 9 no. 2 »

« Les moines au travail dans le jardin adjacent à l’Institut agricole d’Oka. Photo tirée de la revue Histoire Québec, décembre 1995, Vol. 1 no. 2 »

Ceci n’est qu’un exemple tiré de notre patrimoine agricole mais il existe une histoire pour chaque semence développée par nos ancêtres! Quelle histoire se cache derrière un nom aussi pittoresque que la tomate « Mémé de Beauce » ou la patate « Crotte d’ours »?! Nous nous ferons un plaisir de partager ce savoir avec les visiteurs de la ferme qui pourront admirer et même goûter à ce patrimoine vivant.

En plus de célébrer notre histoire, nos jardins thématiques seront à la base de nombreuses animations basées sur le cycle des travaux, depuis la préparation des sols jusqu’à la récolte.

 

Si une part suffisante de la biodiversité disparaît, la capacité des plantes de s’adapter et d’évoluer se pert également. On aura pas à attendre que le dernier plant de blé s’étiole et meure pour que cette espace soit considérée comme disparue. Elle le sera quand elle aura perdu sa capacité d’adaptation, et quand ni ses moyens de défenses génétiques ni nos produits chimiques ne pourront la protéger. Et ce jour peut arriver sans bruit, même si des millions d’hectares de blé poussent encore sur la planète.

~Cary Fowler et Pat Mooney, récipiendaires du Right Livelihood Award

 

Les chevaux, vaches et poules de nos ancêtres…

Nos trois races animales du patrimoine; la vache Canadienne, la poule Chantecler et le Cheval Canadien, constituent un héritage qui nous a été légué par les générations précédentes d’éleveurs. En effet, ces trois races d’animaux domestiques ont été développées au Québec par nos anciens dans le but de les alimenter en viande, en lait et en œufs et de les aider dans les travaux agricoles en terrains difficiles. Ces bêtes particulièrement résistantes devaient être capables de survivre dans un climat hostile avec des ressources alimentaires limitées. Au fil des années et de savants croisements, nos ancêtres ont réussi à créer une poule, une vache et un cheval typiquement Québécois parfaitement adaptés à notre terroir. De petites tailles, vigoureux et capables de survivre à nos hivers rudes, ces animaux sont des trésors nationaux à découvrir. Malheureusement, en raison de la modernisation de l’agriculture et des impératifs de production, ces races ont presque disparu de nos paysages.

À l’occasion de son 10e anniversaire, la Fédération des producteurs de races patrimoniales du Québec a publié un rapport sur la situation actuelle de chacune des trois races patrimoniales.

La journaliste Françoise Kayler s’est penchée sur ce rapport et fait le constat suivant : « Si le Cheval Canadien est « bien en selle », la situation de la Vache canadienne demeure alarmante. Le rapport est catégorique: « nous devons sonner l’alarme pour la vache du patrimoine québécois. Il reste maintenant moins de 200 femelles Canadiennes, génétiquement pures dans le monde ». Autre facteur alarmant: « le processus d’enregistrement des sujets via les actuels règlements de la Société des éleveurs de Bovins Canadiens (SEBC). En effet, des reproducteurs issus d’autres races peuvent être enregistrés comme étant de race pure Canadienne à la discrétion de l’exécutif de la SEBC. Ainsi l’introduction continuelle de sang étranger au sein du registre rend très difficile la reconstitution du cheptel du bovin patrimonial ». Le rapport propose des mesures correctrices: Un plan de reconstitution d’un cheptel de maintien de la race pure et un Registre du bovin Canadien authentique.

La Poule Chantecler est, elle aussi, en danger de disparition. Mais les nuages se dispersent. En effet le 25 septembre 2009 une entente a été signée avec les trois Plans Conjoints avicoles. Des droits de produire « seront prêtés à vie pour mettre en place un plan de sauvegarde de ce patrimoine ». »

La Ferme Héritage Miner se fait donc un devoir de participer à la mise en valeur de ces trois races patrimoniales en les exposant au public et en diffusant de l’information sur leur histoire et les gens qui en font l’élevage.

Un mot sur chacune des trois races patrimoniales

Le Cheval Canadien

Le Cheval Canadien est la race chevaline « nationale » du Canada et la race chevaline du « Patrimoine agricole » du Québec. On le nomme aussi parfois le Petit cheval de fer. En 2007 la race du « Cheval Canadien » compte environ 7 000 sujets vivants. Le Cheval Canadien a une hauteur de 14 à 16 mains (une main vaut 4 pouces ou 10 cm) au garrot. C’est un cheval de trait léger et d’équitation très polyvalent. Il est utilisé dans plusieurs disciplines équestres. Ses robes (ou couleurs) les plus répandues sont le noir, le bai ou l’alezan.

La Société des Éleveurs de Chevaux Canadiens a dressé un historique du Cheval Canadien dont un extrait est présenté dans les prochains paragraphes. « Selon les connaissances actuelles, le cheval canadien a été introduit en Nouvelle-France en juillet 1665. C’est le roi Louis XIV qui aurait envoyé une première cargaison de douze chevaux. On ne sait pas de quelle race étaient ces chevaux, ni de quelle région de France ils provenaient; certains écrits mentionnent les haras du roi, d’autres que les chevaux ont été achetés par la Compagnie des Indes occidentales. Ce que l’on sait, avec certitude, c’est que les envois de chevaux se sont poursuivis régulièrement. Les chevaux sont d’abord destinés aux communautés religieuses et aux gentilshommes les plus zélés pour la culture de la terre. Il y a obligation, par contrat notarié, de faire reproduire les bêtes reçues, de les entretenir convenablement et de donner, après trois ans, un rejeton à l’intendant. Ce rejeton est ensuite remis à une autre personne qui doit respecter les mêmes conditions d’entretien et de reproduction. En cas de non-respect du contrat, des amendes de cent livres sont prévues. C’est ce système d’élevage, très réglementé, qui a permis le développement rapide des chevaux dans la nouvelle colonie française. Le mythe du Cheval Canadien, vivant dans des conditions difficiles, en prend pour son rhume; on ne néglige pas des bêtes aussi précieuses pour le travail et dont l’entretien obligatoire est assorti d’amendes.

En 1671, comme la Nouvelle-France compte amplement de chevaux, l’intendant Talon mentionne, dans son rapport au roi, que les envois de chevaux ne sont plus nécessaires et qu’il y en a suffisamment pour faire le commerce.

De 1665 à 1763, la population de chevaux, en Nouvelle-France, passe de 12 à 14,000 bêtes. Jusqu’à la fin du Régime français, en 1760, les chevaux, envoyés par la France, sont les seuls à se développer dans la colonie. Il n’y a pas de contacts avec les colonies anglaises au sud, parce que la France est en guerre avec l’Angleterre et interdit tout contact, mais aussi à cause de la barrière des Appalaches. Il faut se rappeler, qu’à l’époque, il n’y a pas de routes et que les déplacements se font en canot ou à pied.

Pendant près de cent ans, les chevaux se multiplient en vase clos, sans apport de sang extérieur. Leur origine commune, l’absence de croisements avec d’autres races et leur multiplication considérable créent un groupe génétique particulier, qui donne naissance à une race unique : le Cheval Canadien. Pourquoi Canadien? Parce que, jusqu’en 1867, date de la fondation du Canada, la dénomination « canadien » désigne uniquement les francophones. Le Cheval Canadien étant d’origine française et répandu en grand nombre, d’abord dans la vallée du Saint-Laurent, il est normal, qu’à ce moment-là, on l’appelle « canadien ».

Huit ans plus tard, en 1895, la Société des éleveurs de chevaux canadiens est fondée par le Dr. J.A. Couture, vétérinaire.

Avec l’arrivée de l’automobile, les classes supérieures de la société de l’époque ont vite remplacé les chevaux par les voitures. Ce fut la même chose dans les champs où les cultivateurs les plus riches remplacèrent vite le cheval par le tracteur. Le cheval perd son « statut social », et sa population va en diminuant. Durant les années 1950 et 1960, seuls les paysans les plus pauvres ou les inconditionnels des chevaux utilisent encore la traction hippomobile à la ferme. Ils vivent très modestement, le cheval passe de symbole de valorisation sociale à symbole de retard social et même parfois de pauvreté. Durant les années 1970, le cheval reprend doucement ses lettres de noblesse, mais est réservé à une élite faisant du sport équestre. Le gouvernement québécois travaille à rendre le Cheval Canadien plus attrayant pour les compétitions équestres dans sa ferme à Deschambeault. À mesure que le Cheval Canadien reprend ses lettres de noblesse, sa population reprend en vigueur.

Le nombre de naissances enregistrées à la SECC a été assez stable de l’ouverture du registre au début des années 1900 jusqu’en 1980. Les enregistrements sont l’ordre de 25 à 50 poulains par année. En 1981, la Ferme-École du Ministère de l’Agriculture du Québec décide de procéder à la dispersion complète du troupeau La Gorgendière à Deschambault. À partir de cette date, le nombre de poulains enregistrés par année s’est mis à grimper pour atteindre un sommet en 1999-2000 avec environ 500 poulains. En moins de vingt ans, le nombre de naissances de chevaux enregistrés est multiplié par dix. Depuis l’an 2000, les naissances se sont stabilisées entre 450 et 500 poulains enregistrés par année.

Petit à petit, la race se redresse. Les hommes politiques Canadiens reprennent conscience de son importance. L’Assemblée nationale du Québec vote en 1999 une loi unanime déclarant les races chevaline et bovine Canadiennes ainsi que la race de volailles Chantecler Patrimoine agricole du Québec.

De la même façon, le Parlement du Canada déclare en le 08 novembre 2001, le « Cheval Canadien » Race nationale du Canada.

L’ Association québécoise du Cheval Canadien (AQCC), créée en 1998, est un organisme à but non lucratif qui a pour but de promouvoir le Cheval Canadien dans ses standards d’origine au Québec. Sa mission est de protéger et de promouvoir la race selon ses caractéristiques d’origine, comme elles sont décrites dans le tome 1 du Livre de la généalogie du Cheval Canadien de la Société des éleveurs de Chevaux Canadiens. La très belle devise de l’association ; « Nous élevons pour nos enfants les chevaux de nos pères » évoque bien l’importance de la sauvegarde et de la transmission de ce précieux patrimoine agricole.

 

L’extérieur du cheval exerce une influence bénéfique sur l’intérieur de l’homme.

Sir Winston Churchill

 

La Vache Canadienne

Photo : Joanne MacLeod Haverkort

La Vache Canadienne est la race patrimoniale la plus menacée de disparition; moins du tiers des 450 femelles enregistrées seraient de race pure. Pourtant, c’est elle qui a permis l’implantation d’une industrie laitière au Québec. La Canadienne est la seule race bovine laitière propre à l’Amérique du Nord, jadis, elle était exclusivement et intimement liée au terroir québécois. En raison de la politique du gouvernement canadien dans les années 1850 et des priorités de l’industrie laitière moderne, la Canadienne, autrefois la race laitière principale (avant les années 1950) du pays, a été déclarée espèce menacée d’extinction par « Rare Breeds Canada ».

La Canadienne est considérée comme l’une des races les plus productives parmi les races très anciennes et rustiques au monde. La Vache Canadienne est une productrice très efficace, reconnue pour la teneur élevée en gras et en protéine de son lait, lequel possède d’excellentes qualités pour la fabrication du beurre et du fromage. Lors de la Convention annuelle des éleveurs de bétail en 1908, le ministre de l’Agriculture du Canada de l’époque, Mr Sydney Fisher affirmait d’ailleurs:

« Je n’hésite pas à proclamer que la Vache Canadienne est la meilleure machine à faire du beurre qui se tienne sur quatre pattes. Chacun peut avoir ses goûts et ses préférences, mais tous ceux qui connaissent ses bonnes qualités, la richesse de son lait, la vigueur de sa constitution et la facilité avec laquelle elle s’élève, seront de mon avis… »

La Vache Canadienne est de taille moyenne. La femelle pèse environ 27 kilogrammes à la naissance et atteint 500 kilogrammes à l’âge adulte. Quant au mâle, il pèse 32 kilogrammes à la naissance et en moyenne 750 kilogrammes à maturité. Bien qu’elle soit de taille modeste, la Canadienne demeure un choix attrayant pour les producteurs laitiers intéressés à produire du lait en utilisant un système de gestion à pâturage intensif. En effet, la race Canadienne leur permet d’envoyer les animaux au pâturage plus tôt au printemps et plus tard à l’automne lorsque les conditions de pâturage humide feraient en sorte que les animaux plus imposants pourraient occasionner des dommages aux champs. L’apparence des Vaches Canadiennes est similaire à celle des Jersey et de certaines anciennes races d’origine normande bretonne. Elle porte une robe qui peut être noire, brun fauve ou rousse. Elle est généralement plus pâle sur la ligne du dos, autour du mufle et au niveau du pis.

Pendant une quinzaine d’années, jusqu’en 1914, Thomas Bassett Macaulay (vice-président de la Société des Éleveurs de Bovins Canadiens de 1906 à 1911), a joué un rôle important en amorçant un audacieux programme d’élevage basé principalement sur l’accouplement consanguin contrôlé et intensif des meilleurs sujets de la race. Dans la conclusion de son opuscule intitulé The Rising Breed, T.B. Macaulay faisait lui aussi l’éloge de la Canadienne. Voici ce qu’il en disait:

« Les Canadiens n’ont aucune bonne raison de faire venir à grands frais, de l’étranger, des reproducteurs pour améliorer leur bétail laitier. Ils ont ici-même une race qui occupe le premier rang parmi les races laitières du monde et qui est destinée à devenir la race par excellence. Cette race, c’est la Canadienne. Elle a la symétrie de formes, une constitution extrêmement vigoureuse, un tempérament doux, mais non lymphatique, une frugalité incomparable lui permettant de trouver sa subsistance où une autre souffrirait de malnutrition et de donner des profits avec une alimentation ordinaire ; elle donne du lait riche presque d’un vêlage à l’autre. C’est la plus profitable pour un cultivateur ordinaire de ce pays. »

Comme l’indique un document de la Fondation Canadienne des Ressources Génétiques des Animaux de Ferme, le gouvernement provincial du Québec a toujours démontré un intérêt pour la race Canadienne et, en fait, a conservé son propre troupeau jusqu’à ce qu’il soit détruit lors d’un incendie survenu en 1983. Au début des années 1970, le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) s’est inquiété du niveau de consanguinité à l’intérieur de la race Canadienne et aussi du fait qu’elle était dépassée par les autres races laitières en matière d’amélioration de la qualité du pis et de la production. La décision fut alors prise d’introduire la génétique de la race Suisse Brune dans la race. Au début, les éleveurs ont été très divisés quant à cette décision. Toutefois, à mesure que les résultats ont été connus, de plus en plus d’éleveurs ont adopté cette pratique. En rétrospective, l’on peut dire que l’introduction du sang de la race Suisse Brune a résulté en des améliorations significatives en matière de performance mais que l’absence de mesures de contrôle a mis la race Canadienne à risque d’être complètement dominée par l’utilisation incontrôlée de la génétique Suisse Brune.

Heureusement pour la pureté de la race, un frein a été mis à cette pratique et un taureau doit avoir un degré de pureté de 15/16 pour être enregistré et utilisé en tant que géniteur. Pour y arriver, le Ministère de l’Agriculture de la Pêche et de l’Alimentation du Québec, a donné un soutien financier à un programme connu sous le nom de Projet Embryon Plus. Ce projet avait pour objet d’identifier des Vaches Canadiennes pures à 100 % et de les utiliser dans des programmes de récolte d’embryons en utilisant pour les accouplements des taureaux eux aussi purs à 100 %. Le but était de développer une banque d’embryons avec un degré de pureté de 100 % et de les rendre disponibles périodiquement. En 2000-2001, 30 embryons ont été mis à la disposition des troupeaux membres pour être implantés chez des receveuses dont les veaux étaient élevés dans ces troupeaux. Les veaux mâles étaient évalués et les meilleurs étaient sélectionnés pour la récolte de semence et leur utilisation comme géniteurs à l’intérieur de la race. Les femelles étaient aussi inspectées et évaluées afin d’être utilisées comme vaches donneuses dans le cadre du programme. Une fois que les engagements vis-à-vis des animaux avaient été rencontrés, ils devenaient la propriété du membre à qui appartenait le troupeau où ils étaient nés.

Comme le précise l’Association de mise en valeur des bovins de race canadienne dans Charlevoix, la Canadienne est encore aujourd’hui très sérieusement menacée. Elle a bien failli disparaître en raison des croisements avec la race Suisse Brune. Il reste très peu de bêtes de race pure, mais on observe un engouement pour la sauvegarde et la valorisation de la génétique de la Canadienne ancestrale. Il est primordial de la valoriser afin d’assurer un avenir à cette race du patrimoine québécois. La mission de cet organisme régional est d’établir, de gérer collectivement et de valoriser une population de bovins de race Canadienne de génétique ancestrale saine et durable, afin de mettre en place une filière laitière spécifique et bien identifiée au terroir charlevoisien.

Ce type d’initiative pourrait bien faire toute la différence dans la lutte pour la survie de cette race patrimoniale.

La Poule Chantecler

 

Photos : Michel Boulianne

Tel que décrit par la Fondation Canadienne des Ressources Génétiques des Animaux de Ferme, la poule Chantecler est issue d’une race mixte, dérivée des races suivantes : Cornish foncée, Leghorn blanche, Rhode-Island rouge, Wyandotte blanche, Wyandotte de Colombie et Plymouth Rock blanche.

Son histoire débute en 1908. Le frère Wilfrid était alors responsable de la cour des volailles à l’Institut agricole d’Oka. À l’occasion d’une visite de son père, ils réalisèrent tous les deux que toutes les races de volaille à Oka provenaient soit de l’Europe ou des États-Unis. Le frère Wilfrid décida qu’il devait remédier à cette situation et consacra de nombreuses heures à planifier la façon dont il pourrait développer une race de volaille qui serait unique au Canada.

Il décida que ce devrait être une race à deux fins, blanche, capable de bien pondre pendant l’hiver et, par dessus tout, dotée d’une crête et de caroncules qui devraient relativement bien résister au gel. Après une dizaine d’années de travail et de croisements savamment contrôlés entre les six races énumérées plus haut, la Poule Chantecler a vu le jour.

Une association, mise sur pied en 1918, adopta des règlements stricts visant à contrôler la consanguinité et la propriété. Un membre ne pouvait vendre, louer, prêter, donner ou échanger aucun oiseau vivant de la nouvelle race, ni vendre des oeufs en coquille à quiconque n’était pas membre de l’association. Il était aussi exigé que l’association ait une liste complète des oiseaux propriété des membres. Cela ne serait pas une mauvaise idée aujourd’hui, considérant la rareté des races de volaille.

La Chantecler blanche fit l’objet d’une grande publicité à la première conférence canadienne nationale sur la volaille en 1919 et fut officiellement reconnue en tant que race en 1921. G.Toupin (1922) rédigea la description du développement de la race alors qu’il était encore étudiant à l’Institut agricole d’Oka. Il était professeur lorsque la race a éventuellement été présentée au monde entier.

En 1941, le frère Wilfrid écrivit une lettre expliquant comment il avait choisi le nom Chantecler. Le nom était celui d’un héros d’une fable du poète français Edmond Rostand qui avait été populaire à Paris vers les années 1910, et qui décrivait l’amour entre un coq Chantecler et une poule faisan dorée. Il croyait que le nom, dérivé de deux mots français, « chanter » et « clair » était idéal pour cette nouvelle race. Dans le milieu agricole, l’oiseau du Père Wilfrid est rapidement devenu un symbole culturel du Québec.

Malheureusement avec l’arrivée de races hybrides plus performantes, la race a perdu sa place dans nos marchés. Jusqu’à récemment, il ne restait plus que 2 000 poules Chantecler dans le monde, la majorité étant au Québec. Les poules Chantecler se développent lentement en comparaison avec les poules hybrides modernes mais ont une chair qui a beaucoup de goût.
Fred Silversides, chercheur scientifique sur la volaille œuvrant pour Agriculture et Agroalimentaire Canada en Colombie-Britannique a dressé la carte génétique de cette poule ce qui permettra de préserver la race Chantecler. Comme il l’explique, la meilleure façon de préserver une race est de la mettre en marché car cela favorise la mise en place de troupeaux assez nombreux pour assurer sa descendance.

Le sauvetage est en cours. Comme l’indiquait le Devoir, après des années de profonde indifférence, les syndicats d’éleveurs de poulets du Québec ont finalement cédé en 2008 aux demandes répétées des éleveurs de poulets Chantecler. Ces oiseaux vont pouvoir en effet être élevés et commercialisés en dehors des règles strictes qui prévalaient jusqu’à récemment pour le poulet industriel. Et cela, afin de favoriser la survie de cette race propre au Québec, tout en permettant aux consommateurs de renouer avec ce produit du terroir. Le 25 septembre 2009, trois organisations d’aviculteurs québécois, soit les Éleveurs de volailles du Québec (EVQ), la Fédération de producteur d’œufs de consommation (FPOCQ) et le syndicat des producteurs d’œufs d’incubation du Québec (SPOIQ) ont ainsi signé un protocole d’entente visant à assurer le maintien de la race Chantecler avec la Fédération de producteurs races patrimoniales du Québec (FPRPQ).
Le plan pour sauver cette race patrimoniale consiste à mettre en place 10 troupeaux constitués de 150 poules et de 15 coqs de reproduction produisant un maximum de 30 000 œufs d’incubation et 20 000 poulets de chair. Ces derniers seront distribués dans des boutiques spécialisées. Il y aura aussi 500 poules pondeuses pour produire des œufs de consommation.

Les parties ont aussi convenu de mettre en place des instruments juridiques nécessaires à la conservation et au maintien de la race Chantecler. Les plans conjoints des trois organisations mettront à la disposition des 10 exploitants sélectionnés par la FPRPQ les droits de conserver et de maintenir la race. Sur chacune des fermes, un cahier de charge et une certification d’authenticité de la race pour la production seront mis en place sous appellation contrôlée, d’œufs de consommation et de poulets de chair. Les produits issus de ces élevages Chantecler deviendront les premiers produits d’appellation contrôlée dans le secteur de la volaille. Ceci permettra de développer de nouveaux créneaux dans le marché et de créer une demande chez le consommateur, ce qui assurera du même coup la survie de la race Chantecler.

En terminant…

Heureusement certains, telle la chanteuse Fabienne Thibeault, ont compris l’importance de sauver nos trois races patrimoniales et s’avancent pour soutenir les efforts des producteurs de ces races. Cette dernière réside en France mais a néanmoins décidé de mettre les deux pieds dans les terroirs du Québec pour sauver le patrimoine agricole de la province. Contrariée par l’inertie du gouvernement devant la sauvegarde de la Vache Canadienne, du Cheval Canadien et surtout de la Poule Chantecler, l’ex-serveuse de l’opéra rock Starmania (première cuvée) prête maintenant sa voix à ces espèces dites patrimoniales menacées d’extinction depuis des années.

Comme l’explique l’artiste dans un article du Devoir; «La Poule Chantecler, la Vache Canadienne et le Cheval Canadien font partie de notre histoire, de notre patrimoine, et ils sont en train de disparaître doucement dans la plus grande indifférence. Ça ne peut plus durer. Il faut soutenir les producteurs qui prennent soin de ces espèces et s’assurer que les cadres juridiques leur soient favorables à l’avenir.» Pourtant, la Vache Canadienne, qui donne un lait gras idéal pour la fabrication du fromage, et le poulet Chantecler, souvent comparé au poulet de Bresse des Français — le seul poulet au monde à jouir d’une appellation d’origine contrôlée (AOC) —, pourraient connaître un bel avenir sur les marchés locaux. «Avec un peu d’efforts et de la bonne volonté», estime Mme Thibeault.

C’est dans cet esprit que s’inscrit la démarche de la Ferme Héritage Miner. En diffusant de l’information sur nos trois races patrimoniales et en éveillant l’intérêt des visiteurs à leur égard, nous espérons contribuer à un effort collectif de mise en valeur et de sauvegarde du patrimoine agricole Québécois.


Sources : Association de mise en valeur des bovins de race canadienne dans Charlevoix; Association Québécoise du Cheval Canadien ; Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique Française ; Fondation Canadienne des Ressources Génétiques des Animaux de Ferme ; Gastronote : Blog de Françoise Mayer, journaliste culinaire ; Le Devoir, 26 janvier 2007, 27 janvier 2007, 23 juin 2007, 22 avril 2008 ; Mémoire de la Fédération des producteurs de races patrimoniales du Québec, Musée de l’Agriculture du Canada ; Wikipedia.

Pour en savoir plus :

 

 

 

Toutes les espèces menacées doivent être conservées comme des polices d’assurance en cas de circonstances imprévues.

~Lawrence Alderson

 

Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons de nos enfants.

~Proverbe amérindien