Chroniques de la ferme

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17 septembre 2013

Une question de goût…

Il y a quelques semaines, J’ai décidé d’apporter une grosse boîte d’ail de notre jardin au travail. Le mot gratuit fit  alors son chemin et l’ail s’envola très rapidement… Je n’attendais rien en retour. J’avais simplement envie de partager nos surplus. Je fus alors surpris par les commentaires me faisant l’éloge de la qualité de cet ail comparativement à celui qu’on offre en épicerie. Mais le qualificatif le plus récurent était sans contredit le goût : « c’est tellement pas pareil, en as-tu encore? », etc. 

Et encore une fois, je me suis mise à penser combien nos fruits et légumes de l’épicerie sont fades à côté de ceux de notre potager. En 2013, avec toutes nos technologie,  connaissances et outils développés depuis des milliers d’années d’agriculture, n’est-il pas malheureux de constater l’utilisation massive de sel, sucre, glutamate monosodique et autres rehausseurs, pour qu’en bout de ligne le produit « goûte bon », quand le produit à lui seul pourrait suffire. Une réflexion s’impose selon moi. 

gousse ail 2Sans entrer dans les généralités, il est malheureux que notre jeune génération ait perdu cet héritage, sacrifié par une industrie uniformisée, standardisée, productive et concurrentielle. Quand c’est bon, manger rend heureux! J’en suis convaincue.

En plus, cela prend moins d’ingrédients quand le produit est frais. Je m’aperçois souvent qu’il devient inutile de camoufler les rehausseurs puisque les saveurs explosent en bouche elles-mêmes. Les saveurs se suffisent à elles-mêmes! Les produits frais nous facilitent également la vie et sont très pratiques pour les gens pressés. Il y a d’ailleurs une tendance dans les magazines de cuisine à orienter les techniques de préparation vers des repas requérant peu de temps.

Faut pas se le cacher, la vie passe vite et les gens sont débordés, surmenés. Quand a-t-on le temps de s’arrêter pour goûter lorsqu’on doit engloutir notre repas, poussé par le boulot, la garderie, les déplacements, les échéanciers serrés, les commissions, les devoirs… Qu’est-ce qu’on néglige en bout de ligne? Les repas!! Et nos enfants s’y moulent aisément.  Malheureusement.

De mon côté, je trouve important de manger tous autour de la table pour discuter de la journée, prendre des nouvelles, échanger, rire, décompresser.  Même si les enfants sont souvent trop pressés de retourner jouer! On s’est même aperçu qu’en servant les enfants au début, nous n’avions même pas le temps de nous asseoir qu’ils avaient déjà terminé! Pourtant, mastiquer améliore la digestion. Ralentir le rythme réduit le stress, permet d’apprécier le temps passé ensemble, d’apprendre à reconnaître les saveurs complexes, à départager le bon de l’excellent. C’est selon moi un apprentissage culturel que nous pouvons léguer à nos enfants. Nous tentons donc de transmettre ce leg à nos enfants. En grandissant, je crois qu’ils comprendront!

Et comme le dit si bien l’adage, tous les goûts sont dans la nature. Ne reste qu’à les déguster. Tout cela pour une question de goût…


Véronique Lemonde   Accédez à mon parcours »